Séminaire Sensori-Motricité

Séminaire Sensori-Motricité

J’ai assisté à deux sessions du Séminaire Corps et Prothèses : « Sensori-motricité et réalité virtuelle » organisé à l’Université Grenoble Alpes le 26 Janvier 2018.

Lors de l’introduction faite par Patrick Pajon et Marie Agnès Cathiard sur l’interaction du virtuel sur le ressenti du corps médial (sensorimoteur), on apprend que les récentes expériences de l’utilisation de la réalité virtuelle permettent de soulager des grands brûlés en les baignant dans une ambiance glacée virtuelle, qu’aux USA il a été possible de piloter mentalement un avatar avec 3 membres et en France un sixième doigt à chaque main.

Michel Guerraz (Université de Savoie) rapporte que les sensations (douleurs ou mouvements) affectant les membres fantômes, qu’ils soient issus d’une amputation ou d’aplasie congénitale (agénésie), sont très fréquentes.
90% des patients témoignent de sensations fantômes liées au membre absent :

  • posture fantôme (par exemple bras tendu) qui pourrait être la dernière position du membre avant l’amputation
  • douleur fantôme
    • sensation d’écrasement
    • ongles entrant dans la paume de la main
    • brûlure
    • rhumatisme
    • bague sur un doigt

et ces sensations semblent plus présentes à mesure de l’avancée de l’âge.

Michel Guerraz relate des cas où un enfant atteint d’agénésie, comptait sur ses doigts, d’une main qu’il n’a jamais eue.

J’avoue ne pas avoir tout compris, mais je retiens qu’il y a une grande interaction entre la réorganisation corticale et la douleur fantôme. La réorganisation corticale apparaît lors de la disparition d’un membre, sa zone corticale associée est en partie remplacée par ses voisines.

Des essais d’utilisation de prothèses myo-éléctriques réduiraient les douleurs fantômes et renverseraient les réorganisations corticales (la zone corticale retrouverait donc ses fonctions d’origine).

Par contre déception (de ma part) les prothèses myo-éléctriques non équipées de retour sensoriel seraient souvent abandonnées par les patients. (Il y a actuellement un engouement international pour le développement de telles prothèses).

L’avenir appartient à la génération de prothèses équipées de capteurs sensoriels. Des prototypes existent dans lesquels les signaux sont injectés au niveau des nerfs médiaux vers le cortex. Le porteur détecte les textures et ressent les pressions, mais c’est encore très onéreux.

Pendant la session question/réponse, une chercheuse témoigne que dans son panel de test, 75% des 95 sujets observés, ressentent de la douleur et des mouvements de leurs membres fantômes.

Ensuite Nelly Darbois, kinésithérapeute et chercheuse, expose les bienfaits/dangers de la thérapie miroir et sur les neuromythes.

Un peu éloigné de mes intérêts pour les prothèses, je découvre le principe de la thérapie miroir (d’ailleurs médiatisée par un épisode de la série Docteur House) et de réactions surprenantes même sur des participants non amputés. On doit trouver de nombreuses vidéos sur YouTube sur ce sujet.

Axée sur les neuromythes, Nelly affiche de nombreuses publicités où le vendeur faussement utilise l’image du cerveau pour vendre n’importe quoi (par exemple du neuro-soda).

Sa définition du neuromythe : une croyance erronée concernant notre cerveau, sur son fonctionnement, ses rôles pouvant découler de données scientifiques fausses ou mal comprises. Son meilleur exemple : le film de Luc Besson, Lucy, dans lequel Morgan Freeman affirme que nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales (faux) et que Lucy a des pouvoirs exceptionnels car elle en utilise 100% (joke !!)

En conclusion, elle nous suggère de retenir deux idées sur les neuromythes

  • Avoir un regard critique sur les techniques de rééducation basées sur les neurosciences (ne pas jouer aux apprentis sorciers)
  • Garder une vigilance quant à la tendance à expliquer des phénomènes complexes par une perspective neuroscientifique. (j’ai cru comprendre que les chercheurs étaient dubitatifs sur les résultats/conséquences de la méditation en pleine conscience).

 

 

Pour Aider Yann

Pour Aider Yann

La situation de Yann :

Yann est un adulte atteint d’une pathologie des nerfs (une NMMBC[1] pour les connaisseurs) qui rend en particulier inefficace la commande d’un muscle de son pouce gauche, celui qui permet d’amener le pouce en position d’opposition envers les autres doigts (justement nommé « muscle opposant du pouce », voir image ci-dessous). Le muscle s’atrophie. Yann ne peut donc plus avoir de préhension normale avec sa main gauche, ce qui est gênant pour un cuisinier (pour tenir un pain, un saucisson, un oignon… pendant que sa main droite coupe des tranches par exemple).

[image en provenance du site Doctissimo]

Le besoin

Il aurait donc besoin d’une assistance pour placer son pouce en opposition, mais il a aussi besoin de pouvoir replacer à volonté son pouce dans le plan de la main pour d’autres manipulations (couper de fines tranches de saumon par exemple).

Les ergothérapeutes du service de chirurgie de la main au CHU de Grenoble peuvent faire une orthèse rigide qui maintiendra le pouce de Yann en opposition, mais cela lui interdira de le relever pour remettre sa main à plat. L’orthèse à concevoir doit aussi être compatible avec les contraintes d’hygiène associée au métier de la cuisine, et être le moins encombrante ou invasive possible pour minimiser la gêne d’un port sur une longue durée. C’est donc son ergothérapeute qui lui a conseillé de prendre contact avec nous (« makers » de e-Nable France) pour voir si l’impression 3D pouvait réaliser une orthèse adaptée à sa situation.

La démarche

Le projet a d’abord été confié à un groupe d’élèves ingénieurs de Grenoble-INP Génie Industriel[2]. Après une étude très fine du besoin, et l’usage d’un scanner 3D pour modéliser la main de Yann, ils ont effectué un benchmark qui a confirmé que la plupart des orthèses existantes pour la main sont fabriquées à base de treillis en plastique thermo-formable qui reste rigide après mise en forme, ce qui interdirait à Yann de ramener son pouce dans le plan de la main. Le modèle scanné a permis d’imprimer une copie de la main de Yann pour tester rapidement la mise en place des différentes orthèses. Néanmoins, cela ne permet pas de juger de l’efficacité de maintien du pouce dans la position souhaitée, pour cela plusieurs entrevues avec Yann ont été nécessaires. ils ont abouti une orthèse imprimée à base de matériau flexible qui s’enroule autour de la main, s’accroche à la base des doigts index-majeur, et maintient le pouce en position opposable, sans interdire le retour en position main plate. Le résultat de cette étude est prometteur, mais le maintien en opposition semble encore insuffisant à Yann, l’orthèse est un peu trop volumineuse pour être utilisées sur une longue durée par Yann dans le cadre de son métier.

 

Les évolutions

Ce premier projet ayant donné des résultats intéressants et permettant d’envisager encore quelques améliorations, nous avons pris la suite, et deux entrevues supplémentaires avec Yann ont permis d’aboutir à une orthèse munie d’une languette d’appui un peu plus épaisse derrière le pouce. L’orthèse est par ailleurs réduite donc moins invasive, plus souple, elle s’accroche aux doigts majeur-annulaire (ce qui permet de mieux tirer le pouce en opposition). Les sangles Velcro sont aussi réduite en largeur pour moins de gêne.

Yann semble content du maintien que lui procure cette orthèse, tout en lui laissant la possibilité de ramener sa main à plat lorsqu’il le souhaite. Il reste néanmoins que le passage des filaments plastique entre les doigts est encore gênant. Yann est donc retourné voir son ergothérapeute qui a placé une protection constituée d’un tissus adhésif très mince, qui devrait éviter de blesser la peau entre ses doigts.

« Concernant l’orthèse,les évolutions ont permis de la rendre efficace et plus confortable, cependant, pas suffisamment pour la porter sur un long moment. (durée supérieure à 1 heure). Je l’utilise donc seulement sur des tâches bien définies que je regroupe au maximum,et l’efficacité est au rendez-vous ! […]

Merci à toute l’équipe, merci pour vos actions qui permettent à quelques heureuses personnes de retrouver une partie d’autonomie. »

Yann.

« L’orthèse développée par l’équipe Gre-Nable :

  • libère la mobilité du poignet par rapport au premier jet,
  • permet l’opposition passive( par l’attelle) et le retour actif du pouce dans le plan de la main (par le patient),
  • pas d’encombrement en paume – désinfection possible par immersion,
  • peu volumineuse: passe sous un gant en vinyl

La personne [Yann] retrouve une fonction sans que ce soit au détriment d’une autre.

C’est là que c’est fort ! »

Ergothérapeute du CHU en charge du cas de Yann

CHU de Grenoble

Pour accéder aux modèles d’orthèses développés

Pour nos développements, nous utilisons une web-application Onshape, professionnelle, avec un accès gratuit pour les makers. Il suffit de s’inscrire. C’est une application de CAO Paramétrique très puissante et plutôt facile à appréhender, développée par les anciens concepteurs de SolidWorks. Tous les projets développés grâce à la licence gratuite sont publics, donc accessible à tout le monde en lecture et copiable dans votre environnement.

orthese

Orthèse dans Onshape

Après connexion à Onshape, il suffit de chercher le mot « Orthosis » pour trouver toutes les versions de cette orthèse (parmi quelques autres), ou « orthosis_Gre-Nable_Yann_V6 » pour la série des dernières modifications présentées sur les images ci-dessus.


Notes :

1) Neuropathie Motrice Multifocale avec Blocs de Conduction, entraînant un déficit moteur d’une partie de la main gauche.

2) Grand merci à toute l’équipe d’élèves ingénieurs pour leur contribution significative à ce projet : Valeria Baghin, Adriana Camacho, Lucas Delaire, Dorian Gomez, Orianne Kassis, Bhargav Patel

Génèse d’un Freindex

Génèse d’un Freindex

Qui est Baptiste, et quel est son besoin ?

Lorsque nous avons découvert les photos de la main de Baptiste via les coordinateurs de e-Nable.fr, nous nous sommes demandés ce que nous pourrions faire pour ce jeune adulte (entre 25 et 30 ans). Baptiste est atteint d’agénésie à la main gauche, mais il possède tout de même un pouce parfaitement fonctionnel, une phalange à l’index et au petit doigt. Par contre, majeur et annulaire sont très atrophiés.

Il se débrouille parfaitement dans la vie courante avec sa main droite et ses capacités de préhension de la gauche, et il n’a jamais ressenti en presque 30 ans le besoin de se faire appareiller avec une prothèse de main. Il est par ailleurs évident que les prothèses « habituelles » de e-Nable (faites pour des personnes sans aucun doigt, voire sans poignet) ne pourront pas lui convenir.

Pourquoi donc cette démarche auprès d’e-Nable France ?

Une première entrevue nous a permis de comprendre que Baptiste est sportif, il fait du VTT de descente, et là, pour tenir le guidon d’une part et pour freiner sur une longue durée d’autre part, il est vraiment gêné. Il doit effectuer un mouvement du coude et de l’épaule pour que sa première phalange d’index (de la main gauche) atteigne la manette de frein. Cela entraîne une posture globale du corps inconfortable, et une fatigue rapide de la main malgré une manette de frein hydraulique réglée au quart de poil. Je viens donc de définir les 2 besoins principaux de Baptiste: pouvoir tenir le guidon, et freiner, de manière « normale ».

Les étapes de ce projet…

Les premières semaines…

  • Nous avons rencontré une première fois Baptiste au LOGre, avons bien défini son besoin principalement lié aux activités sportives VTT descente pour la manipulation du frein. Sur cette base, nous envisageons de fabriquer des prothèses simples de doigt qui seront maintenues par insertion dans le gant de VTT.

Mesures via Tracker

  • Lors de cette première rencontre, des photos ont été faites, à côté d’une règle graduée afin de pouvoir prendre des mesures grâce au logiciel Tracker.

Prise photo des dimensions

Prise des cotes avec tracker

Premier manchon testé, il permet déjà de freiner !

  • Un premier manchon a donc été imprimé pour l’index, en prévision d’y accrocher ensuite des articulations pour 1 ou 2 phalanges, et l’intégration d’un renfort métallique.
  • Deuxième rencontre avec Baptiste quelques temps plus tard. Le premier manchon d’index imprimé en nGen Flex est un peu trop gros (2mm de trop au diamètre), mais, inséré dans le gant il améliore déjà sensiblement la manœuvre de la poignée de frein.

Premier essai de manchon

Manchon dans le gant

  • Nous en profitons pour mesurer plus précisément la circonférence de l’index : 75mm.

Mesure_circonference

Circonférence_ = 75mm

  • Ce manchon était prévu pour y accrocher une doigt articulé piloté par un câble, mais il apparait qu’un doigt articulé ne soit pas nécessaire : un index rigide en position « crochet » monobloc pourrait remplir la fonctionnalité souhaitée et être suffisamment solide sans renfort (hypothèse vérifiée).

Nouvelle orientation : un doigt-crochet

  • Il est donc décidé de poursuivre la construction d’un doigt sur la base du Flexy-Finger de Girobot. La première version sera de géométrie fixe, modifiée pour être en position pliée et permettre une bonne accroche à la poignée de frein du VTT. Un modèle modifié (mis à l’échelle 1.15, et rempli pour le rigidifier) est disponible ici en format STL Flexy-Finger_Prosthesis_plein_flechi_STL ou ici en format STEP Flexy-Finger_Prosthesis_plein_flechi_STEP . C’est à imprimer « à plat » tel que le STL est posé sur le plateau chauffant, principalement pour avoir une bonne orientation du fibrage, et aussi pour minimiser le volume de supports. Noter que le passage de la version originale du doigt à la version fléchie a été possible grâce à la fonction « Flexion » de SolidWorks appliquée au modèle en format STEP.

Quelques vues des modèles réalisés à cette étape :

Le modèle original de Girobot

Flexi-finger plié

Flexi-finger plié et rempli

Doigt imprimé (poncé, et finition « Smooth-On »)

Scanner 3D

Pour un meilleur maintien et un meilleur confort, nous proposons de travailler sur la base d’un modèle 3D plus précis de la phalange de Baptiste.  Un scan de la main de Baptiste est donc effectué (scanner à lumière blanche Artec Spider, gracieusement prêté par la plateforme inter-universitaire GINOVA). Nous avons principalement ciblé les 4 doigts (sans chercher à avoir le pouce complet). A partir de la « salade de doigts » récoltée (dixit Baptiste)…

Numérisation 3D

« Salade de doigts »

Modèle numérique obtenu

On trouvera ici en format STL  la main reconstruite et  l’index isolé .

Un modèle à l’emboîture parfaite

Sur la base de la numérisation effectuée précédemment, nous tentons de mettre au point des solutions techniques pour construire un manchon pour l’index. Un manchon est construit, enveloppe d’environ 1.2 à 1.4mm d’épaisseur autour de la forme du moignon de l’index, en s’appuyant sur le maillage. Puis ce manchon est assemblé avec les 2 dernières phalanges du doigt. Des modèles de la main et de la première phalange de Baptiste sont imptimés, ainsi que l’emboîture construite en filament flexible, pour validation de l’assemblage. autre de la main de Baptiste,

Enveloppe de l’index

Emboiture courte

Freindex fini (en PLA rigide)


Une enveloppe est construite autour du maillage de l’index, et fusionnée avec les dernières phalanges du Flexy-finger.

Un doigt rigide à l’emboîture confortable

Cette version est imprimée en matériau flexible pour un confort idéal et un bon maintien par « effet ventouse », les 2 autres phalanges étant imprimées en PLA rigide pour une bonne efficacité du « crochet » lors du freinage.

Les deux mains et le freindex en place

Comparaison des deux index

Premiers essais sur un vélo de route

Un cœur pour dire merci

Un cœur pour dire merci.

Une dernière version à crochets

Néanmoins, bien que le maintien de l’emboîture sur le doigt de Baptiste semble très bon grâce à l’utilisation du scan 3D et du matériau flexible, et qu’il soit prévu que cet index soit utilisé dans un gant de vélo pour assurer qu’il ne glisse par en cours d’utilisation, Baptiste suggère aussi d’ajouter des petits anneaux en vue d’accrocher la prothèse au poignet pour la maintenir lorsqu’il souhaitera faire du vélo sans gants par temps chaud.

Epaisseur modifiée & oreilles

 

Impression doigt bi-matières, position verticale

Un Bras pour un Enfant

Un Bras pour un Enfant

Qui est Matteo ?

 

Son agénésie

Mattéo est un enfant tout à fait comme les autres. Il est juste né avec une partie du bras droit seulement. Son avant-bras s’arrête en effet environ aux 2/3 de la longueur, il n’a donc pas de poignet, main ou doigts. Mais comme probablement la plupart des enfants dans ce type de situation, Mattéo a appris à vivre, à se débrouiller avec sa main gauche et son bras droit, il fait du vélo, écrit à l’école comme les autres enfants, fait du judo dans un club, etc… Donc cette prothèse qu’il nous demande n’est absolument pas vitale pour lui, elle ne sera qu’une aide dans certaines situations lorsqu’il en ressentira le besoin.

Quel modèle de prothèse ?

Les plupart des prothèses conçues et réalisées par les makers de e-Nable sont destinées à des enfants disposant d’un poignet et d’une partie de la paume de la main, mais « amputés » des doigts. Les modèles classiquement adaptés à ces pathologies sont donc des modèles tels que Raptor Reloaded ou Phoenix. La plupart des makers impriment les modèles disponibles, avec une mise à l’échelle, quelques adaptations et une décoration selon les goûts de l’enfant.
D’autres makers proposent régulièrement des améliorations ou approches différentes comme par exemple la Flexy hand. Tous ces modèles utilisent un mouvement de flexion du poignet de l’enfant pour tirer sur des câbles, ce qui permet de fléchir les doigts afin d’obtenir le mouvement de préhension du pouce opposé aux 4 autres doigts de la prothèse.

Mais pour Mattéo, qui n’a pas de poignet, il nous a été proposé de partir d’un modèle mis au point par un binôme d’anglais, Drew Murray et Stephen Davies, le Unlimbited Arm, qui se base sur la main Phoenix en y ajoutant une sorte de gouttière pour accueillir l’avant-bras de l’enfant, et une jointure au niveau du coude avec une manchette qui s’accroche au bras. C’est donc le mouvement du coude qui va piloter, à distance via des câbles plus longs, la préhension des doigts. Un élément important, Drew et Stephen n’ont pas seulement proposé une nouvelle configuration avec commande par le coude, ils ont aussi mis au point une procédure de mise à l’échelle basée sur 4 mesures caractéristiques de la morphologie du patient, et tout ceci est encapsulé dans un fichier OpenScad.

 

C’est parti…

Forts de nos premiers prototypes et des données disponibles pour le bras Unlimbited Alfie, nous appliquons la méthode de dimensionnement et imprimons les premières pièces.

Pièces trop longues

Il apparaît rapidement que l’avant-bras sera plus long que 200mm… il faut donc modifier une de nos machines pour pouvoir l’imprimer, ou l’imprimer en 2 parties qu’il faudra ensuite assembler.
Patrick développe quelques solutions d’assemblage par des tiges composites, pendant que Philippe allonge son plateau d’imprimante. La longueur d’impression obtenue (232mm) s’avère suffisante, c’est donc cette solution qui sera retenue puisque sensiblement plus simple de mise en œuvre. Ce problème de longueur est momentanément résolu pour Mattéo, mais reste entier pour imprimer un avant)bras plus long. Nous mettons donc en chantier, une version de l’imprimante qui permettra d’avoir une longueur d’impression de 300mm suivant l’axe Y.

Intégration d’un palonnier

Les modèles historiques de e-Nable sont munis d’un boitier contenant 5 tiroirs auxquels sont accrochés les tendons, ceci pour régler séparément la position de repos de chaque doigt et pour qu’ils se ferment à peu près simultanément. Le problème de cette solution est que lorsqu’un des 4 doigts arrive au contact de l’objet que l’enfant veut prendre, le mouvement de commande est arrêté par ce tendon sous tension, les autres doigts ne peuvent plus progresser, l’objet est donc porté entre le pouce et un seul autre doigt, ce qui limite l’efficacité de la prise.

Le bras Unlimbited reproduit ce principe en fixant le boitier tendeur au niveau du biceps. Mais John Diamond a proposé pour la commande d’une main Phoenix l’introduction d’un whippletree  (palonnier) qui permet aux 4 doigts de venir en contact et de répartir leurs efforts sur un objet de forme potentiellement assez complexe. Regardez la vidéo  pour en comprendre le fonctionnement (et nous présenterons plus loin une vidéo démontrant le fonctionnement de notre dernière version de palonnier). Nous adaptons donc ce palonnier pour qu’il puisse être fixé sur le haut du bras Unlimbited:

Friction trop importante

Une nouvelle difficulté apparaît : le fonctionnement du palonnier nécessite qu’un même fil (tendon) relie deux doigts voisins en passant par le palonnier. Lorsqu’un des deux doigts est bloqué par l’objet, pour que le doigt associé puisse poursuivre son mouvement le tendon doit coulisser à travers tous les chemins qui le mènent au palonnier, coulisser dans le chenal circulaire du palonnier, et coulisser encore dans le chemin retour jusqu’à la main et au doigt. La complexité du trajet effectué entre doigt et biceps, et la tension du tendon, génèrent des frottements importants, qui n’empêchent pas la main de fonctionner mais nécessitent des tensions importantes, et donc de gros efforts sur le fil, sur les nœuds, et potentiellement une usure rapide des pièces en plastique sur le trajet du tendon. Nous allons donc analyser le problème et tenter de réduire ces frottements.

Les modifications apportées sont publiées sur cette page afin que d’autres makers e-Nable puissent s’en inspirer pour leurs prochaines prothèses de bras.
Elles consistent en résumé :

  • à simplifier autant que possible le trajet des tendons entre les bouts de doigts et le boîtier tendeur situé sur le biceps (limiter les virages inutiles et guider les tendons dans des tubes en Téflon),
  • à déplacer le palonnier dans la paume de la main, donc au plus près des doigts afin que les tendons coulissent sans difficulté entre deux doigts associés.

Le fonctionnement du nouveau palonnier est visible sur cette vidéo.

 

Adhérence de la main sur les objets manipulés

Lors des tests de nos premiers prototypes, qui ont été envoyés à l’association pour que nous puissions être des « makers validés », nous avons constaté que la plupart des objets que nous tentions de manipuler avec notre main en PLA glissait entre le pouce et les doigts, et sur la paume… Voici par exemple la paume de la main imprimée selon le modèle « Team Unlimbited »:

C’est une surface ajourée, mais plane au départ, en plastique rigide et lisse. Elle est prévue pour être thermoformée, c’est à dire chauffée (avec un sèche-cheveux par exemple) et mise en forme pour faciliter l’insertion du moignon du bénéficiaire en fonction de sa morphologie. Mais une fois mis en forme, elle redevient rigide. Il était dans nos tests presque impossible de se servir de cette main pour tenir un gobelet, ou tout autre objet similaire. Nous souhaitions donc, pour la version que nous allions livrer à Mattéo, améliorer l’adhérence des doigts sur les objets manipulés.

Pour les mains de grande taille (ados ou adultes) il est classique chez e-Nable d’utiliser des doigtiers en silicone, comme ceux-ci-contre. Mais dans le cas de Mattéo, la plus petite taille de doigtiers que Patrick a commandée est encore beaucoup trop grande. Pour la paume, d’autres modèles disposent de paumes rapportées en cuir par exemple et fixées par des vis.

Nous avons tenté de placer des élastiques ou des joints toriques dans des rainures autour des doigts, mais l’adhérence reste trop faible, et les élastiques ne restent pas dans les rainures. Grâce à une imprimante à double buse, nous avons imprimé des doigts bi-matériaux, munis d’une zone rigide pour la transmission d’effort, et d’une épaisseur en matériau « souple » pour améliorer la surface de contact. Divers essais ont été effectués avec du FlexiFil, du FilaFlex, du FlexPLA, du NinjaFLexOn aperçoit sur l’image suivante en transparence une zone imprimée en matériau souple.

Mais nous souhaitions aussi proposer une solution ne nécessitant pas de double buse, car beaucoup de makers n’ont pas cette option sur leur machine. Nous avons rainuré le bout des doigts… Appliqué une sorte de peinture caoutchouc sur le bout du doigt (PlastiDip), soit sur du PLA rigide, soit sur du souple. Une dernière phalange toute en souple n’est pas assez rigide, mais la couche caoutchouc semble bien efficace sur le Ninjaflex…

La solution finalement adoptée est publiée en détails sur cette page, elle consiste en une phalange distale en 2 parties imprimées séparément et emboîtées l’une sur l’autre, une paume un peu travaillée au niveau de la forme et des matériaux (structure en plastique rigide, et surcouche de 1 à 3mm de plastique souple), et des petits coussins complémentaires sous les phalanges proximales, le tout couvert de PlasdiDip. Avec cette nouvelle main nous avons pu porter des objets relativement lourds comme par exemple un mandrin de perceuse électrique.

Ce qui a « magnétisé » Mattéo

Le petit plus technique dont nous avons pu faire la surprise à Mattéo consiste à intégrer un petit aimant néodyme (assez puissant) dans le bout de l’index. Cela lui permet de prendre des petits objets en fer juste en approchant son doigt (un trombone, une clef, un porte-clefs, un petit tournevis,…) ce qu’il ne pourrait pas faire sans cela.

Et du coup, Mattéo a vraiment une main de super héros !!!

Ce qui a « scotché » Mattéo

Le petit plus esthétique enfin, sa Maman nous ayant dit qu’il était passionné de Spiderman, c’est la toile d’araignée que nous avons pu coller sur le bras et qui fait un bel effet lorsqu’il tend sa main vers l’adversaire 🙂

Le résultat…

Le modèle final

A partir du modèle colorié décrivant les souhaits de l’enfant (image ci-dessus), le bras final a pu être livré à la date initialement prévue (soit environ 2 mois après la prise de contacts avec la famille de Mattéo). Les finitions ont été faites en présence de Mattéo, vérification de longueur et rivetage des sangles en cuir, mise en place du tissus-mousse absorbant amovible, et mise en place de la toile d’araignée de Spiderman !!

La livraison

Ce fut une belle journée, pleine d’émotions. après avoir ouvert son « paquet cadeau », et une fois les derniers réglages effectués, avec son bras et sa nouvelle main droite, Mattéo nous a montré qu’il pouvait porter un gros paquet de bonbons, faire des combats de sabre avec toute la famille, prendre un anneau de porte-clefs posé sur la table, porter un bocal de Nutella, et même apporter un magnifique bouquet de fleurs le jour de l’anniversaire de sa Maman !!!

 



 

Les jours suivants…

Après… un peu de médiatisation pour susciter d’autres actions similaires… par exemple Mattéo fait la Une du journal local, puis peu de temps après, un passage au 19-20 en premier sujet de France3 Auvergne (visible quelques jours en replay) !

Mais surtout de notre part, à toute la famille de Mattéo…

On vous souhaite, tout le bonheur du monde,
Et que quelqu’un vous tende la main…

et à toi Mattéo, on te souhaite de poursuivre ta vie dans la simplicité et avec la lucidité dont tu as fait preuve en notre présence 🙂

Philippe & Patrick.